La vraie équipe d’Iran Zamin

Iran Paad · Coupe du Monde des Javid Nâm

La vraie équipe d’Iran Zamin

Le régime aligne une équipe de bourreaux. Voici, en vingt-sept visages, la sélection qu’il a voulu faire taire — et qui, plus haut que ses fusils, ne se taira pas.

Regardez. Regardez bien, jusqu’au bout. Un footballeur entre sur la pelouse, le maillot sur les épaules, le ballon au pied, et tout un peuple, un instant, retient son souffle. Puis le maillot devient treillis, le ballon devient fusil, l’enfant devient bourreau : l’homme se retourne, et il tire sur la foule. Ce n’est pas un cauchemar, ce n’est pas une fable — c’est un portrait. En quelques secondes, tout entière, voici l’équipe que la République islamique aligne depuis quarante-six ans : une équipe de geôliers et de tireurs à moto, qui n’a jamais rêvé d’un stade, seulement d’un peloton ; qui n’a jamais connu d’autre pelouse que celle des cimetières.

La « sélection » de la République islamique : sur la pelouse, le footballeur se mue en pasdar et ouvre le feu sur la foule. Vidéo générée par IA.

Mais il existe une autre équipe. La vraie. Celle d’Iran Zamin, la terre d’Iran, qui ne portera jamais le brassard officiel et qui porte pourtant tout un pays. Elle ne foulera pas les pelouses de la Coupe du Monde 2026, parce qu’on l’a fauchée dans les rues, au mois de janvier, à balles réelles. Alors nous l’avons reconstituée nous-mêmes : visage après visage, maillot après maillot, nom après nom. Vingt-six Javid Nâm — vingt-six dont le nom demeure vivant à jamais — et un vingt-septième, vivant lui aussi, mais debout sous la potence. Voici notre sélection. Comptez-la avec nous.

Comptez-les. Un gardien de vingt ans qui relevait les blessés au lieu de fuir, Mehdi Jouzi. Un enfant de quinze ans, Pedram Khalooei, tombé le cœur transpercé dans les bras de son père. Une arbitre de vingt-trois ans, Sahba Rashtian, qui rêvait de siffler le coup d’envoi d’une Coupe du Monde et que la balle a sifflée avant elle. Un gardien de l’équipe nationale de beach soccer, Mohammad Hajipour, qu’on a voulu maquiller en accident de la route. Un entraîneur qu’on appelait « le Fils de la mer », Abbas Arezoo, battu à mort dans une geôle. Comptez encore : des supporters de Persepolis, d’Esteghlal, de la Juventus, du Real Madrid — car sous la matraque les couleurs de club s’effacent, et il ne reste qu’une seule tunique, celle d’un peuple debout.

Et il y a Sahar Khodayari, la Blue Girl, qui s’immola pour avoir voulu, déguisée en homme, entrer dans un stade interdit aux femmes. Depuis 2019, son nom est le mot de passe de toutes celles qu’on refoule à la porte des tribunes. Elle joue, elle aussi, dans notre équipe ; elle en est la flamme.

Le football d’Iran, éclaboussé du sang versé par le régime. Montage généré par IA.

Le vingt-septième s’appelle Saeed Naderi. Il a porté le maillot de Naft Téhéran et du Pas Ispahan ; aujourd’hui il porte des menottes, et l’État qui a déjà tué ses coéquipiers réclame sa vie. On a arrêté son frère à sa suite. Mais tant qu’il respire, son nom n’est pas une épitaphe : c’est un cri, et ce cri nous engage. Monde qui regardes ce Mondial, regarde aussi cet homme — et regarde-le jusqu’à ce que tombe la corde, non l’homme.

Voilà la sélection d’Iran Zamin. Elle n’a ni sponsor, ni hymne, ni brassard officiel. Elle a mieux : elle a demain. Car les tireurs vieilliront et tomberont, et jamais un fusil n’a fait une nation ; mais ces vingt-sept-là, nous les alignerons sur toutes les pelouses de la mémoire, à chaque coup d’envoi, à chaque hymne, à chaque enfant qui apprend à courir derrière un ballon — jusqu’au jour où une main d’Iran soulèvera enfin, sous le Lion et le Soleil, la coupe qu’on leur a volée.

Leur rêve était la liberté. Leur héritage est le courage. Javid Shah.

Hommage en images : la vraie équipe d’Iran Zamin. Montage : Ashk-7000 · Musique : Homayoun Shajarian — Gholab.

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