Javid Nâm · Poésie · Mémoire
Au bord de la nuit
Un poème de Shima, pour celles et ceux qui ne sont jamais arrivés.

Vingt-quatre visages — Farzand e Iran. Que leurs noms coulent à jamais dans la bouche du vent.
تقدیم به آنان که شجاعتشان از ما بیشتر بود
« À celles et ceux dont le courage fut plus grand que le nôtre. »
Nous nous tenons au bord de la nuit ; une nuit aux mille fenêtres éteintes et aux mille noms qui tournoient encore dans le vent. Ne crois pas à ces sourires éteints. Il n’est point de paix, tant que la terre tremble encore du bruit de ceux qui ne sont jamais arrivés.
Mais ce n’est pas là toute l’histoire. Au cœur même des ténèbres veille une clarté qui ne redoute pas l’extinction. Le chagrin, depuis des années, habite notre demeure et n’a point oublié son nom ; mais dans cette même demeure, l’espérance aussi respire.
As-tu vu le papillon à l’aile brisée ? Mieux que tous les oiseaux, il sait ce que signifie le ciel ; car pour lui, voler ne fut jamais l’habitude de l’aile, mais la victoire de la blessure.
Et vous, ô vous qui avez franchi la frontière de la terre — êtes-vous partis ? Ou bien, pareils à une lumière, êtes-vous seulement passés d’une fenêtre à une autre ? La terre, cette brève auberge de poussière et de sommeil, a englouti bien des noms ; mais il est des noms qui ne meurent pas. Ils courent dans les veines du temps et prennent racine dans la mémoire des peuples.
Nous n’avons pas seulement porté le deuil. Nous nous sommes dressés dans la rue, des mois durant, les mains nues et le cœur qui jamais ne recula. Nous avons vu la peur battre en retraite, pas à pas, et la voix jaillir de la gorge de la foule.
Aujourd’hui, nous nous tenons la main ; non pour forger une chaîne, mais pour prouver que nul homme, à lui seul, n’est l’humanité tout entière. Ma main est le prolongement de la tienne, et ta main le prolongement de mille autres mains qui, dans les ténèbres, n’ont jamais posé la lampe à terre.
Ce chemin ne fut pas que perte : il fut aussi le commencement d’un éveil. Et maintenant, en cet âge pesant de l’oubli, nous avons choisi la plus grande des révoltes : nous souvenir, et continuer. Nous souvenir des noms, et continuer les rues — jusqu’au jour où la lumière vivra non pas au bout du chemin, mais dans le chemin lui-même.
Nous sommes debout ; non contre la mort, mais contre l’oubli. Et tant qu’une main reposera dans une autre main, tant qu’un cœur battra pour un autre cœur, tant que votre nom coulera dans la bouche du vent — nous sommes. Nous demeurons. Nous sommes ce qui, de vous, continue.
— Shima · Iran Paad
نه میبخشیم و نه فراموش میکنیم
Nous ne pardonnons ni n’oublions.
Javid Nâm — عباس علیرضایی چالی · سپهر سلطانی (۱۵ ساله) · et d’autres enfants d’Iran.
Vingt-huit enfants d’Iran — un nom, un visage
فرزند ایران و جان فدای میهن
Les noms portés par ce montage, victimes de la répression de l’hiver 2025-2026. Pour certains, la mémoire a pu réunir des faits sourcés ; pour les autres, nous gardons au moins le nom vivant — sans jamais rien inventer.

Infirmière à Karaj, mère de deux enfants. Le 8 janvier 2026, abattue d’une balle dans le dos alors qu’elle portait secours à une femme rouée de coups. Les autorités ont entravé son inhumation.
با شرف · Bâ Sharaf

Arbitre-assistante de football féminin à Ispahan ; elle rêvait d’arbitrer en Coupe du monde. Touchée par balle réelle en janvier 2026 ; les rites funéraires lui furent interdits.
با شرف · Bâ Sharaf

Adolescent kurde d’Abdanan (Ilam), il travaillait à Téhéran. Tué par tir direct le 8 janvier 2026. Ses funérailles à Abdanan se sont muées en manifestations, elles-mêmes réprimées.
با شرف · Bâ Sharaf

Converti au christianisme, père de famille. Abattu le 9 janvier 2026 à Baharestan en revenant chercher le corps d’un ami ; l’accès à l’hôpital lui fut refusé. Funérailles interdites à sa famille.
با شرف · Bâ Sharaf

Artiste fabricante de poupées et graphiste, diplômée de Téhéran. Tuée par balle à l’abdomen le 8 janvier 2026, quartier de Salsabil. Ayant perdu ses parents, elle vivait seule de son artisanat.
با شرف · Bâ Sharaf

Jeune Kurde de Rasht. Abattu d’une balle dans la tête le 8 janvier 2026, près du sanctuaire de Dana-ye Ali.
با شرف · Bâ Sharaf

De Sabashahr (Shahriar). Tué le 8 janvier 2026 en portant secours à un blessé de son quartier. Le régime imputa d’abord sa mort à des « terroristes » — version démentie par les ONG.
با شرف · Bâ Sharaf

De Rasht, revenu d’Istanbul voir ses proches. Tué d’une balle dans la tête lors des manifestations de la rue Namjoo, en janvier 2026.
با شرف · Bâ Sharaf

Père de famille de Babol, tué en janvier 2026. À son enfant, il avait dit : « Si un jour je ne reviens pas, sache que je suis devenu un héros. »
با شرف · Bâ Sharaf

Tué le 8 janvier 2026 à Téhéran (Afsariyeh). Sa tombe est devenue un lieu de rassemblement : « Par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’au bout. »
با شرف · Bâ Sharaf

Recensé parmi les victimes du soulèvement de l’hiver 2025-2026 par le Centre iranien des droits humains.
با شرف · Bâ Sharaf

Recensé parmi les jân-bâkhtegân (tombés) du soulèvement national de l’hiver 2025-2026 (liste du Centre iranien des droits humains).
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf

Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
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Nous sommes ce qui, de vous, continue.
