Paris · Mai 2026 · Sous la pluie
Maxime ShirMard, Sarbâz-e mihan
— la voix qui ne ploie pas
Trente ans qu’il marche pour l’Iran. Trente ans qu’il crie. Ce jour-là, à Paris, la pluie battait les pavés — et lui, debout sur le char aux couleurs du Lion et du Soleil, ne baissait pas la voix d’un cran.
Le Grand-Père a construit l’Iran moderne. Le Père l’a rendu prospère. Le Fils le remettra sur pied — et nous serons là, debout, pour l’accueillir.
Un Shirmard sous la pluie de Paris
Il est arrivé ce matin sans parapluie, comme toujours. Crâne rasé, manteau noir long, doublure couleur chameau — la silhouette qu’on reconnaît à cent mètres dans toutes les manifestations parisiennes depuis trois décennies. Maxime, que la diaspora appelle ShirMard (شیرمرد — l’homme-lion, le brave), Sarbâz-e mihan (سرباز میهن — soldat de la Patrie), n’a pas attendu la mode des cortèges 2022 pour descendre dans la rue. Il y est depuis 1996. Il y est depuis qu’on l’a forcé à partir. Il y est depuis le premier jour.
Autour de lui ce jour-là, la foule habituelle des diasporas qui ne dorment plus : drapeaux Lion-Soleil tendus au-dessus des têtes, drapés sur les épaules, suspendus à toutes les hampes ; portrait de Reza Pahlavi au centre du dispositif sous l’auvent dégoulinant ; et le grand char-podium garni de haut-parleurs, flanqué de drapeaux impériaux, garé en plein cœur de Paris. Au sol, la pluie noyait les bordures. Personne ne partait.
Maxime est monté sur le podium vers midi. Il a saisi le micro d’une main, la feuille de l’autre — la feuille qu’il n’a presque pas lue, car il sait ce qu’il a à dire, il le sait depuis trente ans. Et il a commencé à crier. Pas parlé — crié. Et la foule, sous les ponchos détrempés, sous les parapluies retournés par le vent du nord, a repris.
Les slogans qui partent du ventre
Il les enchaîne sans reprendre souffle, en faisant écho à ce qui se hurle en ce moment même dans toutes les rues d’Iran depuis le Bloody January — ce massacre des 8-9 janvier 2026 où trente-six mille des nôtres sont tombés sous les balles des Pasdaran. Maxime crie ce que ses cousins ne peuvent plus crier. La foule répond avec la rage des survivants.
Call-and-response, char-podium parisien
جاوید شاه — جاوید شاه — جاوید شاه
مرگ بر دیکتاتور — مرگ بر خامنهای
نه غزه، نه لبنان — جانم فدای ایران
رضا شاه روحت شاد
این آخرین نبرده، پهلوی برمیگرده
زن، زندگی، آزادی
Le sens politique de ce qu’il crie
Ces slogans ne sont pas des incantations. Ils sont le condensé de quarante-sept ans d’occupation idéologique et de trois millénaires de continuité civilisationnelle. Marg bar Khamenei — à mort Khamenei : le tyran assassiné le 28 février 2026 dans la guerre qu’il a déclenchée, et que son fils Mojtaba prétend faire revivre par le sang. Marg bar Mojtaba — à mort le fils : nous ne céderons pas à la transmission dynastique d’un régime que personne n’a jamais élu.
Et puis, en miroir exact de cette mort réclamée, la vie revendiquée — Javid Shah. Vive le Shah. Pas comme nostalgie, comme programme : la continuité du Lion et du Soleil, la promesse non tenue de 1979, la fidélité d’une nation à sa lignée légitime. Reza Shah ruhat shâd — Reza Shah, ton âme en paix : merci d’avoir bâti l’État moderne, d’avoir interdit le voile en 1936, d’avoir tracé le chemin de fer transiranien sans un sou d’emprunt étranger. Tu nous as donné un pays — nous le reprendrons.
Et au-dessus de tout, le slogan qui dit ce que personne n’osait dire pendant quarante ans : Na Ghazze, na Lobnân — jânam fadâ-ye Irân. Ni Gaza ni Liban, ma vie pour l’Iran. Fin de l’aventure messianique chiite. Fin de l’argent du peuple iranien qui finance les missiles du Hezbollah, les drones des Houthis, les milices irakiennes. Nos dollars au Liban, nos vies en prison — le mot juste, celui qu’on chuchotait dans les taxis de Téhéran en 2017 et qu’on hurle aujourd’hui à Paris, à Berlin, à Toronto, à Los Angeles.
Trente ans de combat — et il est toujours debout
Pendant que les commentateurs des grandes chaînes françaises confondaient encore l’opposition au régime avec la nostalgie du Shah, pendant que Le Monde traitait Reza Pahlavi de « monarchiste nostalgique » entre deux interviews de Khatami, Maxime marchait. Pendant que la diplomatie occidentale, prisonnière de la doctrine de la Ceinture Verte de Brzeziński, prétendait que la République islamique était une réalité avec laquelle il fallait négocier — Maxime marchait. Pendant que les belles consciences nous expliquaient que la révolution de 1979 avait été un mouvement populaire authentique, et que nous, exilés, n’avions rien compris à notre propre pays — Maxime marchait.
Il marche depuis trente ans. Il a marché les jours où nous étions trente sur le Trocadéro. Il a marché les jours où les organisateurs annulaient pour cause de pluie battante — comme aujourd’hui. Il a marché les jours où sa voix portait dans le vide d’une place déserte. Il marche aujourd’hui où nous sommes trois mille. Il marchera demain quand nous serons trente mille.
Il marche parce qu’il est Sarbâz-e mihan — soldat de la Patrie. Pas soldat d’une armée, pas soldat d’un parti, pas soldat d’un homme : soldat de la Patrie. Et le soldat de la Patrie ne déserte pas. Pas tant qu’elle n’est pas libre.
Khamenei est mort. Mojtaba ne durera pas. Et quand le régime tombera — bientôt, plus vite que les chancelleries occidentales ne l’osent croire — nous voulons que les Iraniens du dedans sachent ceci, à graver dans la mémoire collective :
Pendant que vous étiez emmurés, pendant qu’on pendait vos enfants aux grues de Kachouei, pendant que Diana Bahador tombait à Gorgan et Saleh Mohammadi sur le gibet de Qom — nous n’étions pas silencieux. Nous étions là. Sur tous les pavés mouillés de toutes les capitales du monde libre, drapeau Lion-Soleil sur les épaules, voix cassée mais voix tenue.
Et parmi nous, en tête, depuis trente ans sans faiblir : Maxime ShirMard, Sarbâz-e mihan. Souvenez-vous de son nom. Quand il reviendra avec nous fouler la terre de Téhéran libérée — et il reviendra — vous saurez qui il est.
Iran o pas migirim. Nous reprendrons l’Iran.
Sources & catalogue de slogans
Slogans recensés à partir du décompte Iran International (93 chants distincts sur 91 villes),
Wikipedia EN — soulèvement 2025-2026,
Wikipedia FA — Khizesh 1404,
Kayhan London — pertes Bloody January,
Armenian Weekly — Yerevan-Téhéran,
Euronews Persian — appel Reza Pahlavi.
Catalogue exhaustif consultable en interne : 02_CONTENU/references/slogans_revolution_2026.md.
— Iran Paad, mai 2026.