Iran Paad · Charia
« Il faut qu’ils meurent dans le supplice »
Sur la télévision d’État, un théologien du régime récite, verset en main, les sentences que la loi de Dieu réserve aux jeunes qui ont manifesté pour la liberté. Ce n’est pas un dérapage. C’est la loi en vigueur en Iran depuis quarante-sept ans.
Par Par Ashk-7000
Regardez cet homme. Costume, cravate, lunettes, un verre d’eau, un plateau de télévision décoré d’arabesques. Le ton posé du professeur. Et ce qu’il énonce, tranquillement, une fiche à la main, c’est le sort qu’il veut voir infliger aux enfants d’un pays qui a osé descendre dans la rue.
Il ne parle pas en son nom. Il ne parle même pas au nom d’un tribunal. Il parle, dit-il, au nom du Coran — et il tient à ce qu’on ne puisse pas l’accuser demain d’avoir trahi le texte. Alors il lit. Il traduit. Il détaille. Et il conclut par une phrase qui dit tout de ce régime : « l’au-delà est à nous. »
Avant d’écouter : la loi qu’il invoque est en vigueur depuis 1979
Ce que récite ce théologien n’est pas une opinion marginale. C’est l’ossature du Code pénal islamique de la République islamique — la charia codifiée, appliquée par des tribunaux réels, contre des prisonniers réels, depuis quarante-sept ans.
Le verset qu’il cite, c’est le Coran 5:33-34, sourate Al-Mâ’ida. Le crime qu’il y lit, c’est la mohâreba — la « guerre contre Dieu » — et la efsâd-e fel-arz, la « corruption sur la terre ». Deux mots creux, taillés sur mesure : dans un régime où Dieu et l’État ne font qu’un, manifester contre l’État, c’est faire la guerre à Dieu. Bloquer une route, brûler une affiche, brandir un drapeau : mohâreb. Et la mohâreba, dans le Code pénal islamique (articles 279 à 288), se paie de quatre peines que le juge choisit à sa guise : la mort, la crucifixion, l’amputation croisée de la main et du pied, ou le bannissement.
Voilà le décor. Maintenant, écoutez-le.
Ce qu’il dit, mot pour mot
« Ceux-là sont tous arrêtés. Quel est, du point de vue du Coran, le jugement qui les frappe ? Le Coran a donné trois sentences.
Je vais interpréter le verset. J’ai été juste envers eux — demain, personne ne pourra m’accuser. Si je ne le dis pas, alors j’aurai trahi le Coran ; le Coran, il faut l’interpréter correctement.
Il a dit : premièrement — « an yuqattalû » — qu’ils soient mis à mort. Et le mot est intensif : pas simplement tués — suppliciés à mort. Voilà le verset.
Nos éminents savants de l’exégèse nous l’enseignent : « aw yusallabû » — qu’ils soient pendus au gibet.
« aw tuqatta’a aydîhim wa arjuluhum min khilâf » — ensuite il dit : qu’on leur tranche, en sens opposé, la main droite et le pied gauche. La main droite coupée — quatre doigts — et les orteils du pied gauche coupés aussi. Qu’on le laisse ainsi, jeté dans la plaine.
« aw yunfaw » — ou le bannissement. Pas qu’on l’envoie à Chiraz, où le climat est doux — non : qu’on l’envoie au milieu de la mer. On finit toujours par trouver une épave de bateau. Qu’il y vive jusqu’à ce qu’il meure.
« Dhâlika lahum khizyun fî’d-dunyâ » — cela, Nous l’avons décrété : humiliez-les en ce bas monde.
« Wa lahum fî’l-âkhira ‘adhâbun ‘azîm » — et dans l’au-delà, pour eux, un châtiment immense. L’au-delà est à nous. »
Notez la mécanique. Il ne s’excuse pas ; il se couvre. « J’ai été juste, personne ne pourra m’accuser » — la cruauté drapée en scrupule. Il compte les doigts. Il imagine l’épave et l’agonie en mer. Et il ferme sur âkherat bâ mâst — « l’au-delà nous appartient » : non contents de tuer les corps ici, ils prétendent posséder aussi le jugement de Dieu.
Le texte exact qu’il récite — Coran 5:33-34
﴿ إِنَّمَا جَزَاءُ الَّذِينَ يُحَارِبُونَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَسْعَوْنَ فِي الْأَرْضِ فَسَادًا أَن يُقَتَّلُوا أَوْ يُصَلَّبُوا أَوْ تُقَطَّعَ أَيْدِيهِمْ وَأَرْجُلُهُم مِّنْ خِلَافٍ أَوْ يُنفَوْا مِنَ الْأَرْضِ ۚ ذَٰلِكَ لَهُمْ خِزْيٌ فِي الدُّنْيَا ۖ وَلَهُمْ فِي الْآخِرَةِ عَذَابٌ عَظِيمٌ ﴾
« La rétribution de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient tranchées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, un immense châtiment. » — Coran 5:33
Le verset suivant, le 5:34, prévoit une échappatoire — « sauf ceux qui se repentent avant que vous ne les maîtrisiez ». Autrement dit : abjure, plie, avoue à la télévision, et peut-être vivras-tu. La grâce contre l’agenouillement. C’est exactement le sens des « repentirs » filmés que le régime arrache à ses prisonniers.
Après : ce même code tue et opprime pour bien d’autres « crimes »
La mohâreba n’est qu’un article parmi d’autres. Le Code pénal islamique de 2013 — la charia en droit positif — punit encore de mort ou de mutilation une longue liste d’actes qui, partout ailleurs, ne sont pas des crimes. À chaque fois, le régime brandit un verset ou un hadith.
La lapidation pour adultère (zinâ). Le Coran prescrit cent coups de fouet pour la fornication (Coran 24:2, sourate An-Nûr). La lapidation (rajm), elle, ne figure pas dans le Coran : elle vient de la Sunna — les hadiths de Mâ’iz ibn Mâlik et de la femme ghâmidite, lapidés sur ordre du Prophète (Sahih Muslim, Kitâb al-Hudûd ; Sahih al-Bukhârî). La République islamique l’a inscrite dans son code : articles 224 à 232, lapidation pour l’adultère d’une personne mariée. On enterre le condamné jusqu’à la poitrine, et la loi précise même le calibre des pierres — « ni assez grosses pour tuer d’un coup, ni assez petites pour n’être pas des pierres ».
La pendaison pour homosexualité (lavât). Le régime invoque l’histoire du peuple de Loth (Coran 7:80-84 ; 26:165-166) et les hadiths ordonnant de « tuer celui qui commet l’acte du peuple de Loth, et celui qui le subit » (rapportés par Abû Dâwûd et al-Tirmidhî, d’après Ibn ‘Abbâs). Le Code pénal en fait la peine de mort pour l’acte homosexuel masculin (articles 233 à 241). Aimer, en Iran, peut se payer de la corde.
L’exécution pour apostasie (ertedâd). Ici, le Coran ne prescrit aucune peine terrestre — il ne promet qu’un châtiment dans l’au-delà à celui qui renie sa foi (Coran 2:217 ; 16:106). La peine de mort vient d’un hadith : « man baddala dînahu fa-qtulûhu » — « quiconque change de religion, tuez-le » (Sahih al-Bukhârî, n° 3017). L’apostasie n’est pas nommément codifiée, mais l’article 220 du Code pénal renvoie le juge à la charia : il condamne alors sur fatwa. Quitter l’islam, en République islamique, peut être un crime capital.
La mort pour « insulte au Prophète » (sabb al-nabî). Le Code pénal, articles 262 et 263, punit de mort quiconque insulte le Prophète ou les Imams. Un mot de trop, un dessin, un poème : la peine capitale.
L’impunité du crime d’honneur. Le régime n’ordonne pas les crimes d’honneur — il les récompense par l’impunité. Le Code pénal islamique, article 301, dispose que le père ou le grand-père paternel qui tue son enfant n’est pas soumis au qisâs (la peine du talion) : il ne risque qu’une amende du sang (diya) et quelques années de prison (article 612). Un père qui égorge sa fille pour « laver l’honneur » ne sera jamais exécuté pour cela. La loi lui garantit qu’il vivra.
L’exécution des mineurs. Dans ce code, la responsabilité pénale commence à neuf années lunaires pour les filles, quinze pour les garçons (articles 146 et 147) — l’âge de la puberté légale. C’est pourquoi l’Iran demeure l’un des rares pays au monde à pendre des gens pour des actes commis quand ils étaient enfants. Erfan Esfandiari avait dix-huit ans à la corde ; d’autres, plus jeunes encore, attendent.
Le voile obligatoire. Sur Coran 24:31 et 33:59, le régime a bâti l’article 638 du Code pénal : une femme qui paraît en public sans le voile encaisse la prison, l’amende, le fouet. De là la police des mœurs, de là la mort de Mahsa Jina Amini, de là quarante-sept ans de guerre déclarée au corps des femmes.
Sources
– Coran 5:33-34 (Al-Mâ’ida) · 24:2 (An-Nûr) · 7:80-84 et 26:165-166 · 2:217 et 16:106 · 24:31 et 33:59. – Hadiths : Sahih al-Bukhârî (n° 3017, apostasie) ; Sahih Muslim, Kitâb al-Hudûd et Sahih al-Bukhârî (lapidation, Mâ’iz et la ghâmidite) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (peuple de Loth). – Code pénal islamique de la République islamique d’Iran (loi de 1392 / 2013) : art. 146-147 (âge de responsabilité), 220 (renvoi à la charia), 224-232 (adultère, lapidation), 233-241 (lavât), 262-263 (sabb al-nabî), 279-288 (mohâreba et efsâd-e fel-arz), 301 et 612 (impunité du père), 638 (voile obligatoire). – Iran Human Rights — exécutions de manifestants (2026) · Amnesty International — peines de mort contre les manifestants
